La délivrabilité email

La réponse en bref

La délivrabilité email désigne la capacité de vos messages à arriver dans la boîte de réception de vos destinataires, plutôt que dans les courriers indésirables ou nulle part. Elle repose sur trois piliers. L’authentification d’abord : SPF, DKIM et DMARC prouvent que les messages viennent bien de votre domaine ; Gmail les exige pour tous les expéditeurs (SPF ou DKIM) et, au-delà de 5 000 messages par jour, impose SPF et DKIM, un enregistrement DMARC et un alignement du domaine d’expédition. La réputation ensuite : elle dépend surtout des plaintes, que Gmail et Yahoo demandent de maintenir sous 0,3 %, Google recommandant même de rester sous 0,1 %. L’hygiène de la liste enfin : envoyer à des personnes qui ont demandé vos messages, retirer les adresses inactives et invalides, traiter vite les désinscriptions (Yahoo demande un délai de deux jours au plus) et proposer la désinscription en un clic. Une bonne délivrabilité se construit dans la durée et se perd en une campagne mal ciblée.

Dans cette page

    Mis à jour le 23 octobre 2026

    Vous envoyez une newsletter à 3 000 contacts, et le taux d’ouverture s’effondre d’un mois à l’autre sans raison apparente. Ou un client vous dit ne jamais recevoir vos devis, qu’il retrouve finalement dans ses courriers indésirables. Dans les deux cas, le problème n’est pas le contenu du message : c’est la délivrabilité.

    Cette page va plus loin que les bases présentées sur la page consacrée à l’emailing : elle détaille les réglages techniques, la réputation d’expéditeur et l’entretien de la liste.

    Par Alexandre Montenon, consultant en marketing digital depuis 2011

    Délivrabilité : de quoi parle-t-on ?

    Trois notions se confondent souvent :

    • Le taux de remise : la part des messages acceptés par les serveurs des destinataires, sans rejet.
    • Le placement en boîte de réception : la part des messages acceptés qui arrivent dans la boîte principale plutôt que dans les indésirables ou un onglet secondaire.
    • L’engagement : ouvertures, clics, réponses, mais aussi suppressions sans lecture et signalements comme spam.

    Un outil d’envoi peut afficher 99 % de messages « délivrés » alors qu’une grande partie finit dans les indésirables : « délivré » veut seulement dire « accepté par le serveur ». C’est le placement en boîte de réception qui compte, et il dépend de ce que les messageries pensent de vous.

    Pilier 1 : l’authentification

    Les messageries veulent savoir si un message qui se présente comme venant de votre domaine vient réellement de vous. Trois mécanismes y répondent, tous configurés dans les enregistrements DNS de votre domaine.

    MécanismeCe qu’il prouvePoint de vigilance
    SPFLes serveurs autorisés à envoyer pour votre domaineUn seul enregistrement SPF par domaine ; ajouter chaque outil d’envoi utilisé (messagerie, outil d’emailing, logiciel de facturation)
    DKIMQue le message n’a pas été modifié et qu’il est signé par votre domaineActiver la signature avec votre propre domaine dans chaque outil, pas celui du prestataire
    DMARCCe que la messagerie doit faire si SPF et DKIM échouent, et à qui envoyer les rapportsCommencer en p=none avec des rapports, puis durcir progressivement
    AlignementQue le domaine affiché dans « De » correspond au domaine authentifiéCondition de réussite de DMARC

    Google exige depuis le 1er février 2024 que tous les expéditeurs vers des comptes Gmail configurent SPF ou DKIM, disposent d’enregistrements DNS direct et inverse valides, envoient en TLS et maintiennent un taux de spam inférieur à 0,3 % ; au-delà de 5 000 messages par jour, il faut SPF et DKIM, un enregistrement DMARC (la politique pouvant être « none »), l’alignement du domaine de l’en-tête « De » et la désinscription en un clic pour les messages marketing.

    Yahoo impose aux expéditeurs en masse des exigences proches : SPF et DKIM, une politique DMARC d’au moins p=none qui doit réussir, un en-tête de désinscription en un clic, un lien de désinscription visible, le traitement des désinscriptions sous deux jours et un taux de plaintes inférieur à 0,3 %.

    Le parcours de mise en place

    1. Listez tous les services qui envoient des messages avec votre domaine : messagerie, outil d’emailing, outil de gestion des contacts, logiciel de facturation, formulaires du site.
    2. Créez ou corrigez l’enregistrement SPF pour qu’il les inclue tous.
    3. Activez DKIM dans chacun de ces services, avec votre domaine.
    4. Publiez un enregistrement DMARC en p=none avec une adresse de réception des rapports (balise rua).
    5. Lisez les rapports quelques semaines, corrigez les services qui échouent.
    6. Passez progressivement à p=quarantine, puis éventuellement à p=reject.

    Un domaine ou un sous-domaine pour le marketing ?

    Beaucoup d’entreprises envoient leurs newsletters depuis un sous-domaine (par exemple news.votredomaine.fr) et leurs messages individuels depuis le domaine principal. En cas de problème de réputation sur les envois marketing, les devis et les échanges quotidiens sont moins exposés. Le sous-domaine doit être authentifié comme le domaine principal.

    On vérifie : la délivrabilité email

    Pilier 2 : la réputation d’expéditeur

    Une fois l’authentification en place, les messageries jugent votre domaine et vos adresses d’envoi sur leur comportement. Les signaux principaux :

    • Les plaintes : chaque clic sur « signaler comme spam » pèse lourd. C’est le premier indicateur à surveiller.
    • Les adresses invalides : un taux élevé de rejets définitifs signale une liste mal entretenue ou achetée.
    • Les pièges à spam : des adresses abandonnées ou créées pour repérer les expéditeurs qui n’entretiennent pas leurs listes.
    • L’engagement : des destinataires qui ouvrent, lisent, répondent, déplacent le message vers la boîte principale améliorent votre réputation ; ceux qui suppriment sans lire la dégradent.
    • La régularité : des volumes stables valent mieux que des pics soudains.

    Mesurer sa réputation

    Google met à disposition un outil gratuit, Postmaster Tools, qui affiche pour votre domaine le taux de spam signalé par les utilisateurs de Gmail, l’état de l’authentification et des indicateurs de conformité. La même aide de Google recommande de maintenir ce taux sous 0,10 % et d’éviter d’atteindre 0,30 %. Les rapports DMARC complètent cette vue en montrant quels serveurs envoient au nom de votre domaine.

    Préchauffer un nouveau domaine ou une nouvelle adresse

    Un domaine neuf n’a aucune réputation. Envoyer d’un coup 10 000 messages depuis lui ressemble au comportement d’un spammeur. Commencez par vos contacts les plus engagés, en petits volumes, puis augmentez progressivement sur plusieurs semaines.

    Mon petit conseil de pro

    Envoyez chaque campagne en deux temps : d’abord aux contacts qui ont ouvert ou cliqué au cours des trois derniers mois, puis, quelques heures plus tard, au reste de la liste. Les premiers signaux d’engagement, positifs, arrivent ainsi avant ceux des contacts moins attentifs, et vous repérez un problème de placement sur un petit volume avant qu’il ne touche toute la liste.

    Pilier 3 : l’hygiène de la liste

    Ne collecter que des contacts qui ont demandé vos messages

    La règle de base de la délivrabilité rejoint celle du droit : envoyer à des personnes qui vous ont donné leur accord ou qui attendent vos messages. Les listes achetées ou récupérées concentrent adresses invalides, pièges et plaintes. Les règles applicables à la prospection, notamment entre professionnels, sont détaillées sur la page consacrée au cold emailing.

    Retirer les adresses invalides

    Les rejets définitifs (adresse inexistante) doivent être supprimés immédiatement ; la plupart des outils le font automatiquement. Les rejets temporaires répétés (boîte pleine, serveur indisponible) aussi, au-delà de quelques échecs.

    Gérer les inactifs

    Un contact qui n’a ouvert ni cliqué depuis six mois à un an pèse sur votre réputation. Envoyez-lui une campagne de réactivation (« souhaitez-vous continuer à recevoir nos messages ? »), puis retirez ceux qui ne réagissent pas. Votre liste rétrécit, mais vos messages arrivent mieux chez ceux qui restent.

    La mesure des ouvertures n’est plus fiable

    Les protections de la vie privée de certaines messageries chargent automatiquement les images, ce qui gonfle les ouvertures. En France, la CNIL considère par ailleurs que les pixels de suivi des courriels sont des traceurs soumis en principe au consentement, avec une exemption limitée à la délivrabilité lorsque le pixel sert strictement à adapter ou arrêter les envois aux destinataires inactifs, la date de dernière ouverture étant en principe la seule donnée nécessaire. Appuyez donc vos décisions sur les clics, les réponses et les désinscriptions autant que sur les ouvertures.

    Faciliter la désinscription

    Paradoxalement, un lien de désinscription visible protège votre délivrabilité : un destinataire qui ne trouve pas comment se désinscrire clique sur « spam ». Proposez la désinscription en un clic dans l’en-tête et un lien clair en bas de message, et traitez les demandes vite.

    Le contenu compte, mais moins qu’on ne le croit

    Les filtres modernes s’appuient surtout sur la réputation et l’engagement, beaucoup moins sur des mots interdits. Quelques règles restent utiles : un objet honnête, un rapport raisonnable entre texte et images, des liens vers votre propre domaine plutôt que des raccourcisseurs, une version texte du message, et l’absence de pièces jointes lourdes dans les envois en nombre.

    Diagnostiquer une chute de délivrabilité

    1. Vérifiez l’authentification : SPF, DKIM et DMARC passent-ils sur un message test (dans les en-têtes du message reçu) ?
    2. Regardez Postmaster Tools : le taux de spam a-t-il augmenté ?
    3. Identifiez la campagne en cause : nouvelle source de contacts, envoi à des inactifs, volume inhabituel ?
    4. Réduisez les envois aux seuls contacts engagés pendant quelques semaines.
    5. Nettoyez la liste et corrigez la source du problème avant de reprendre les volumes habituels.

    Si vos envois sont automatisés (bienvenue, relances, suivi de devis), vérifiez aussi ces scénarios : un message automatique mal ciblé peut dégrader la réputation sans que personne ne le remarque. La page sur le marketing automation détaille ces scénarios.

    Les erreurs fréquentes

    Envoyer depuis une adresse gratuite. Une adresse Gmail ou Yahoo comme expéditeur d’une newsletter ne peut pas être authentifiée avec votre domaine.

    Oublier un outil dans le SPF. Les factures ou les messages du site finissent en indésirables.

    Passer DMARC en reject sans lire les rapports. Des messages légitimes sont bloqués.

    Acheter une liste. La réputation s’effondre dès le premier envoi.

    Garder les inactifs indéfiniment. Ils pèsent sur la réputation sans rien rapporter.

    Exemple fictif : un traiteur événementiel

    Pour illustrer, un cas inventé. Un traiteur constate que ses devis arrivent en indésirables chez plusieurs clients et que sa newsletter perd des ouvertures. Les en-têtes montrent que son logiciel de devis n’est pas inclus dans son SPF et que DKIM n’est pas activé dans son outil d’emailing. Il corrige les deux, publie un DMARC en p=none, déplace la newsletter sur un sous-domaine, envoie une campagne de réactivation aux contacts inactifs depuis un an et retire ceux qui ne répondent pas. Il suit ensuite son taux de spam dans Postmaster Tools. Les éléments de cet exemple sont inventés pour l’illustration.

    Ce qu’il fallait retenir
    • La délivrabilité email, c’est le placement en boîte de réception, pas seulement l’acceptation par le serveur.
    • Authentification : SPF, DKIM, DMARC et alignement, exigés par Gmail et Yahoo pour les envois en masse.
    • Réputation : plaintes sous 0,3 %, idéalement sous 0,1 %, suivies dans Postmaster Tools.
    • Hygiène : contacts consentants, invalides et inactifs retirés, désinscription en un clic.
    • Les ouvertures sont un indicateur fragile : regardez aussi clics et réponses.

    Questions fréquentes sur la délivrabilité email

    Qu’est-ce que la délivrabilité email ?

    C’est la capacité d’un message à arriver dans la boîte de réception du destinataire, plutôt que dans les courriers indésirables ou d’être rejeté.

    Pourquoi mes emails arrivent-ils en spam ?

    Le plus souvent à cause d’une authentification incomplète (SPF, DKIM, DMARC), d’un taux de plaintes trop élevé, d’adresses invalides ou inactives dans la liste, ou d’un changement brutal de volume.

    SPF, DKIM et DMARC sont-ils obligatoires ?

    Gmail exige SPF ou DKIM pour tous les expéditeurs, et SPF, DKIM et DMARC au-delà de 5 000 messages par jour. Yahoo impose des règles proches aux expéditeurs en masse.

    Comment surveiller sa réputation d’expéditeur ?

    Avec Google Postmaster Tools, gratuit, qui affiche notamment le taux de spam signalé par les utilisateurs de Gmail, et avec les rapports DMARC.

    Faut-il supprimer les contacts inactifs ?

    Oui, après une tentative de réactivation. Les contacts qui n’interagissent plus depuis longtemps dégradent la réputation sans rien rapporter.

    06 59 54 68 89

    Vous avez une question, un projet ? Parlons-en ensemble.

    On discute ?