« Alexandre, qu’est-ce que l’AI Act change concrètement pour le marketing ? »

La réponse en bref

L’AI Act est le règlement européen sur l’intelligence artificielle. Il classe les usages de l’IA par niveau de risque et fixe des obligations en conséquence. Pour le marketing, trois points comptent surtout : former les équipes qui utilisent l’IA (depuis février 2025), signaler les chatbots et les contenus truqués (deepfakes) depuis août 2026, et éviter les pratiques interdites comme la manipulation subliminale. La plupart des usages marketing courants (rédaction, visuels, emailing) sont autorisés, à condition d’être transparents.

Dans cette page

    Mis à jour le 22 octobre 2026

    « Est-ce que j’ai encore le droit d’utiliser ChatGPT pour mes posts ? » « Faut-il écrire “généré par IA” sous chaque visuel ? » Depuis l’entrée en application du règlement européen, ces questions reviennent souvent chez les dirigeants et les équipes marketing.

    Bonne nouvelle : l’AI Act n’interdit pas l’IA en marketing. Il encadre certains usages, demande de la transparence dans des cas précis et prohibe quelques pratiques jugées dangereuses. Encore faut-il savoir lesquelles, et à partir de quand.

    Cette page fait partie de mon dossier sur l’IA et le marketing digital. Elle résume ce que le texte change concrètement pour une entreprise qui communique, vend et fait de la publicité avec l’IA, à partir des sources officielles de la Commission européenne.

    Par Alexandre Montenon, consultant marketing digital et GEO à Lyon

    Mon petit conseil de pro

    Je ne suis pas juriste. Cette page est une synthèse pratique pour les équipes marketing, pas un avis juridique. Pour un projet sensible (recrutement, scoring, ciblage de publics fragiles), faites valider votre analyse par un avocat ou votre délégué à la protection des données.

    L’AI Act en deux minutes

    Le règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, est le premier cadre juridique complet sur l’IA au monde. Il s’applique à toutes les organisations qui mettent sur le marché ou utilisent des systèmes d’IA dans l’Union européenne, quelle que soit leur taille.

    Le texte distingue deux grands rôles :

    ➭ les fournisseurs, qui développent un système d’IA et le mettent sur le marché (OpenAI, Google, Mistral, mais aussi un éditeur de logiciel qui intègre de l’IA) ;

    ➭ les déployeurs, qui utilisent un système d’IA dans le cadre de leur activité professionnelle. C’est le cas de la quasi-totalité des entreprises qui se servent de ChatGPT, de Canva ou d’un outil d’emailing doté d’IA.

    Une PME qui utilise l’IA pour son marketing est donc, dans l’immense majorité des cas, un déployeur. Ses obligations sont nettement plus légères que celles des fournisseurs.

    Les quatre niveaux de risque

    Le cœur du texte est une classification par niveau de risque. La Commission européenne la présente ainsi : les usages à risque inacceptable sont interdits, les usages à haut risque sont strictement encadrés, les usages à risque de transparence doivent être signalés, et l’IA à risque minimal n’est pas soumise à des règles particulières.

    Niveau de risqueCe que dit le texteExemplesPour le marketing
    InacceptableInterditNotation sociale, manipulation subliminale, exploitation des vulnérabilitésCertaines techniques de persuasion abusives
    Haut risqueObligations lourdesTri de CV, scoring de créditRarement concerné, sauf recrutement ou scoring
    TransparenceObligation d’informationChatbots, deepfakes, certains textes générésTrès concerné
    MinimalPas de règle spécifiqueFiltres anti-spam, jeux vidéoUne grande partie des usages courants

    Le marketing se situe donc surtout dans deux cases : le risque minimal pour la plupart des tâches de production, et le risque de transparence dès que l’IA parle au public ou crée des contenus trompeurs.

    On vérifie : les niveaux de risque

    Le calendrier : ce qui s’applique déjà, ce qui arrive

    Le règlement est entré en vigueur le 1er août 2024, mais ses règles s’appliquent par étapes. Le calendrier a été ajusté en 2026 par un texte de simplification, l’« omnibus numérique » sur l’IA, entré en vigueur fin juillet 2026.

    DateCe qui s’applique
    2 février 2025Interdiction des pratiques à risque inacceptable, obligation de culture de l’IA (formation des équipes)
    Août 2025Règles pour les modèles d’IA à usage général (GPT, Gemini, Claude, Mistral…) et gouvernance
    2 août 2026Application générale du règlement, dont les obligations de transparence
    2 décembre 2026Nouvelles interdictions (contenus sexuels non consentis générés par IA) et fin du délai de marquage pour certains outils déjà sur le marché
    2 décembre 2027Obligations pour les systèmes à haut risque de l’annexe III (recrutement, crédit, éducation…)
    2 août 2028Obligations pour l’IA intégrée à des produits réglementés (annexe I)

    Pour une équipe marketing, l’essentiel est donc déjà en vigueur : la formation depuis 2025, la transparence depuis l’été 2026.

    Obligation n°1 : former les équipes qui utilisent l’IA

    C’est l’obligation la plus large, et la plus méconnue. Depuis le 2 février 2025, les fournisseurs et les déployeurs doivent prendre des mesures pour développer la culture de l’IA de leurs équipes. Concrètement, une personne qui utilise ChatGPT pour rédiger des annonces ou traduire des contenus doit connaître les risques de l’outil, par exemple le fait qu’il peut inventer des informations.

    La Commission précise qu’aucun certificat n’est exigé et qu’aucun niveau précis n’est imposé. Une formation adaptée aux usages réels, documentée en interne, répond à l’attente. J’explique comment l’organiser dans une PME dans mon guide sur l’intelligence artificielle en entreprise.

    J’ai vu ça quelque part

    La formation des équipes figure dans la toute première vague d’obligations, aux côtés des interdictions. Le législateur a considéré que bien comprendre l’outil était la première protection contre ses dérives, avant même les règles techniques.

    Obligation n°2 : la transparence

    C’est l’article 50 du règlement qui concerne le plus directement le marketing. Il prévoit plusieurs cas, avec des responsables différents.

    Les chatbots doivent se présenter comme tels

    Un système d’IA qui dialogue directement avec des personnes doit être conçu pour qu’elles sachent qu’elles parlent à une machine, sauf si c’est évident. Ce sont surtout les fournisseurs qui doivent intégrer cette information dans l’outil. Mais si vous installez un chatbot sur votre site, vérifiez qu’il annonce clairement sa nature : « Je suis l’assistant virtuel de… ».

    Les deepfakes doivent être signalés

    Le texte prévoit que les déployeurs d’un système d’IA qui génère ou manipule des images, des sons ou des vidéos constituant un deepfake doivent indiquer que le contenu a été généré ou manipulé artificiellement. Pour une œuvre manifestement artistique, satirique ou fictionnelle, l’obligation est allégée : il suffit de signaler l’existence de ces contenus sans gêner l’œuvre.

    Un deepfake, au sens du règlement, est un contenu qui ressemble à des personnes, des objets, des lieux ou des événements réels et qui pourrait faussement paraître authentique. Une vidéo où un faux client témoigne, une photo réaliste d’une personne qui n’existe pas présentée comme vraie, une voix qui imite celle d’un dirigeant : tout cela entre dans le champ.

    Les textes d’intérêt public, avec une exception importante

    Les textes générés par IA et publiés pour informer le public sur des sujets d’intérêt général doivent aussi être signalés. Mais l’obligation ne s’applique pas quand le texte a fait l’objet d’une relecture humaine ou d’un contrôle éditorial, et qu’une personne en assume la responsabilité éditoriale. Pour la plupart des contenus marketing relus par l’équipe, cette exception joue.

    Le marquage technique, côté outils

    Les fournisseurs d’outils qui génèrent des images, des vidéos, des sons ou des textes doivent marquer ces contenus dans un format lisible par les machines, pour qu’ils puissent être détectés comme générés par IA. C’est le travail des éditeurs, pas le vôtre, mais cela signifie qu’une partie de vos visuels portera ces marques invisibles.

    Situation marketingFaut-il signaler l’IA ?
    Post LinkedIn rédigé avec ChatGPT puis reluEn général non au titre de l’AI Act
    Visuel produit stylisé, clairement illustratifEn général non
    Faux témoignage vidéo d’un client réalisteOui, et c’est de toute façon une pratique trompeuse
    Voix de synthèse imitant une personne réelleOui
    Chatbot de service client sur le siteOui, il doit se présenter comme une IA
    Photo réaliste d’un événement qui n’a pas eu lieuOui
    Mon point de vue

    La règle de bon sens va plus loin que le texte : si un client pourrait se sentir trompé en apprenant que c’était de l’IA, signalez-le. La confiance perdue coûte plus cher que la mention « image générée par IA ». Et le droit de la consommation interdit déjà les pratiques commerciales trompeuses, IA ou pas.

    On vérifie : la transparence

    Obligation n°3 : ne pas franchir les lignes rouges

    Certaines pratiques sont interdites depuis février 2025. Plusieurs concernent directement la persuasion commerciale :

    ➭ les techniques subliminales, manipulatrices ou trompeuses qui altèrent sensiblement le comportement d’une personne et lui causent, ou risquent de lui causer, un préjudice important ;

    ➭ l’exploitation des vulnérabilités liées à l’âge, au handicap ou à la situation sociale ou économique d’une personne ;

    ➭ la notation sociale ;

    ➭ la reconnaissance des émotions sur le lieu de travail et dans l’enseignement, sauf raisons médicales ou de sécurité.

    Pour une campagne marketing classique, ces interdictions ne posent pas de difficulté. Elles visent des dérives graves. Mais elles invitent à la prudence sur certains outils de personnalisation poussée, surtout envers les publics fragiles (enfants, personnes endettées, personnes âgées).

    Les sanctions prévues

    Les montants sont dissuasifs. Le règlement prévoit des amendes pouvant atteindre 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les pratiques interdites, et 15 millions d’euros ou 3 % pour la plupart des autres obligations. Pour les PME et les start-up, c’est le plus bas des deux montants qui sert de plafond.

    Les autorités nationales de surveillance sont chargées du contrôle depuis août 2026. La Commission annonce une approche proportionnée : l’objectif affiché est la mise en conformité, pas la sanction systématique des petites structures de bonne foi.

    Votre plan d’action en cinq points

    1. Faire l’inventaire des outils d’IA utilisés

    Listez les outils utilisés par l’équipe, y compris l’IA intégrée à vos logiciels (CRM, emailing, Canva, suite bureautique). Notez pour chacun l’usage, les personnes concernées et les données manipulées.

    2. Classer chaque usage par niveau de risque

    Dans la plupart des cas, vous serez en risque minimal ou en risque de transparence. Si un usage touche au recrutement, au crédit ou à des décisions importantes sur des personnes, creusez la question avec un juriste.

    3. Former et documenter

    Une session de formation, une charte d’usage, une trace écrite. C’est simple et cela couvre l’obligation de culture de l’IA.

    4. Mettre en place les mentions de transparence

    Chatbot qui se présente, mention sur les contenus réalistes générés ou modifiés, règle interne sur les témoignages et les voix de synthèse.

    5. Vérifier vos fournisseurs

    Demandez à vos éditeurs comment ils respectent leurs propres obligations : marquage des contenus, documentation, traitement des données. Un fournisseur sérieux a déjà préparé ses réponses. Pour la question des données personnelles saisies dans ces outils, voyez ma page IA et RGPD.

    On vérifie : les sanctions

    Et la visibilité dans les moteurs d’IA ?

    Une question revient souvent : l’AI Act change-t-il la façon dont ChatGPT ou Gemini citent les entreprises ? Pas directement. Le règlement encadre la façon dont les modèles sont conçus et documentés, pas la façon dont ils choisissent leurs sources dans une réponse.

    En revanche, les obligations de transparence des fournisseurs de modèles à usage général (documentation, résumé des données d’entraînement, respect du droit d’auteur) donnent progressivement plus de visibilité sur la façon dont ces outils fonctionnent. C’est une bonne nouvelle pour qui travaille sa présence dans leurs réponses.

    Ce qu’il fallait retenir
    • L’AI Act classe les usages de l’IA en quatre niveaux de risque.
    • Une entreprise qui utilise l’IA pour son marketing est généralement un déployeur, avec des obligations légères.
    • Depuis février 2025 : interdictions et formation des équipes.
    • Depuis août 2026 : transparence sur les chatbots et les deepfakes.
    • Un texte relu et assumé par l’entreprise n’a en général pas à porter de mention IA au titre du règlement.
    • Les obligations sur le haut risque ont été repoussées à décembre 2027 et août 2028.

    Questions fréquentes sur l’AI Act

    Qu’est-ce que l’AI Act ?

    C’est le règlement européen (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle. Il classe les usages de l’IA selon leur niveau de risque (inacceptable, haut, transparence, minimal) et fixe des obligations adaptées pour les entreprises qui développent ou utilisent ces systèmes dans l’Union européenne.

    Quand l’AI Act s’applique-t-il ?

    Il est entré en vigueur le 1er août 2024 et s’applique par étapes : interdictions et culture de l’IA depuis le 2 février 2025, modèles à usage général depuis août 2025, application générale et transparence depuis le 2 août 2026. Les obligations sur les systèmes à haut risque arrivent en décembre 2027 et en août 2028.

    Faut-il indiquer qu’un contenu marketing a été créé avec l’IA ?

    Pas systématiquement. Le règlement impose de signaler les deepfakes et les chatbots. Les textes d’intérêt public générés par IA doivent aussi être signalés, sauf s’ils ont été relus et validés sous la responsabilité éditoriale d’une personne. Un contenu réaliste qui pourrait tromper le public doit être signalé.

    Quelles sont les sanctions de l’AI Act ?

    Jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les pratiques interdites, et jusqu’à 15 millions d’euros ou 3 % pour la plupart des autres manquements. Pour les PME et les start-up, c’est le plus bas des deux montants qui s’applique.

    L’AI Act concerne-t-il les petites entreprises ?

    Oui, il s’applique quelle que soit la taille. Mais une petite entreprise qui utilise des outils d’IA pour son marketing a surtout deux obligations : former ses équipes et respecter les règles de transparence. Le texte prévoit aussi des mesures d’allègement pour les PME.

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